Le dimanche 07 décembre 2025, le Bénin a connu une tentative de coup d’Etat qui, heureusement, a fait long feu grâce à la prompte réaction de l’Armée nigériane pour stopper net cette aventure devant remettre en cause les institutions légitimes de la République béninoise. Mais au-delà de l’effet de surprise et de l’émotion suscités, la question que plus d’un observateur averti se pose, est surtout pourquoi un coup d’Etat contre un président en exercice et qui promet de quitter le pouvoir dès que son mandat arrive à terme ?
Surtout pour un pays dont les fondations institutionnelles semblaient solidement implantées et inébranlables après la conférence nationale des forces vives de la nation de 1990-1991. Au point où pendant plus de trois décennies, le Bénin appelé affectueusement « le quartier latin » de l’Afrique de l’ouest, était devenu la référence démocratique en Afrique subsaharienne et particulièrement dans sa partie ouest en proie constante à des coups de force.
Ce consensus créé autour de ce forum national, la conférence nationale des forces vives a permis à l’ancien Dahomey de se départir de ses anciens démons, les coups d’Etats. Et Mathieu Kérékou, président d’alors, qui a vécu les humiliations d’une population en furie contre son pouvoir, a eu ces propos empreints de sagesse. « Au nom de l’intérêt supérieur de la nation et du peuple béninois tout entier, nous disons que les décisions prises par la conférence seront appliquées dans l’ordre et la discipline librement consentis. Ce n’est pas du défaitisme, ce n’est pas de la capitulation, c’est une question de responsabilité nationale », a-t-il déclaré.
Et naturellement, l’acceptation des conclusions de ce forum a permis au pays de connaître une stabilité jusqu’au président actuel, Patrice Talon qui, à son tour, s’est lancé dans des travaux de grande envergure aux fins de moderniser un pays dont le retard en infrastructures était visible et criant. Si son action au plan infrastructurel et économique est à saluer, côté politique, les réformes engagées depuis son arrivée semblent être décriées par une partie de la classe politique.
Parce que de nature, selon certains, à saper les piliers qui, pendant plus de trente ans, ont œuvré pour la stabilité qui est d’avoir une alternance en douceur. Et les mutins, dirigés récemment par le lieutenant-colonel Tigri, lors de leur adresse, ont cité les dérives institutionnelles comme moteur de leur action.
Entre autres, le rallongement du mandat présidentiel qui passe désormais de 5 à 7 ans, la réforme du code électoral exigeant qu’un candidat à la présidentielle soit parrainé par au moins 15% (porté ensuite à 20%) de l’ensemble des députés et des maires, la création d’un sénat (en y intégrant des membres nommés et d’anciens hauts dignitaires), une trêve des activités politiques jusqu’à l’année précédant les élections et surtout la dégradation de la situation sécuritaire au nord du Bénin…
Pour les détracteurs du régime, ces derniers soutiennent à tort ou à raison que ces réformes de 2024-2025 n’auraient pas seulement pour but de moderniser l’Etat mais, de verrouiller le système pour garantir la survie de l’héritage du président et sa propre influence.
Avec ce coup de force déjoué in-extremis par un apport extérieur, notamment l’armée nigériane, n’y a-t-il pas lieu pour le président Patrice Talon de favoriser la voie de la concertation comme en 1990 pour extirper et prévenir tout malentendu politique et éloigner pour de bon les démons des coups d’Etat qui sont de nature à retarder économiquement et socialement, par le sabotage parfois de l’existant.
« Nous devons, la main dans la main, bâtir ce pays », comme le confessait feu, Monseigneur de Souza, président de la conférence des forces vives lors de son discours de clôture.
Félix Yao